26 mai 2007

Discours du Père M. EKWA à l'occasion du Jubilé d'or du Cadicec

ekwa

par le Père Martin EKWA bis ISAL, s.j.,
Secrétaire Général du Cadicec

Pour plus d'informations sur le Jubilé, cliquer ici

Un peuple sans histoire est un peuple sans âme, dit-on. C'est en revisitant son histoire qu'il revérifie son âme, qu'il renforce son identité et sa cohésion, qu'il donne un sens à sa marche.

Mais une histoire fondée sur l'oralité, si elle ne s'efface pas, reste néanmoins vulnérable, comme l'est parfois la mémoire, son support naturel, que d'aucuns définissent comme la faculté d'oublier.

Forts de cette vérité, nous ouvrons, aujourd'hui, une page de l'histoire d'un peuple de 60 millions d'âmes ; une page relativement brève suivant la longue durée qui est la norme de l'Histoire, mais une page unique et significative mesurée à l'aune d'une vie d'homme, d'une institution, partant de la société qui lui donne un sens. Dans la vie d'un peuple de tradition orale, cinquante ans, c'est à la fois peu et beaucoup. Il s'y est opéré pourtant une révolution qui, dans l'ordre mythologique, serait comparable à celle de Prométhée volant le feu aux dieux pour l'apporter aux hommes et, dans le contexte historique, à l'invention de l'imprimerie par Johnnes Gutenberg, donnant, au 15ème siècle, à l'Occident chrétien et au monde un accès facile à la transmission des idées et de la pensée. Ce n'est pas seulement

la Bible

qui fut mise à la portée du plus grand nombre, c'est aussi un savoir jusque là réservé aux «clercs ». Dans la création du Cadicec, s'est produit quelque chose d'imperceptible du même ordre révolutionnaire. Elle a permis d'introduire dans la gestion moderne d'entreprise un peuple qui n'était pas partie prenante dans l'organisation et la gestion économique de l'Etat que l'on reconnaît aujourd'hui chargé d'espoir. De simples assistants plus ou moins actifs, les Congolais sont devenus, dans des conditions difficiles, des créateurs d'entreprises. Et l'itinéraire du Cadicec prend tout son sens à l'instar d'un fleuve dont l'origine est quelques gouttes à travers des méandres souterrains imperceptibles. Par les évolutions de son action de formation et d'encadrement, de 1956 à ce jour, et les changements d'appellations qui signalent ses mutations et celles de la société congolaise, le Cadicec peut étaler aujourd'hui son itinéraire à travers les méandres de l'histoire de l'économie de notre pays.

1. Le sens d'un itinéraire

L'histoire du Cadicec est intimement liée à celle de l'économie congolaise, des relations belgo-congolaises et de l'engagement solidaire des laïcs et du clergé pour l'émergence et le développement d'une vraie communauté nourrie par la doctrine sociale de l'Eglise « Mère et éducatrice » dans la recherche du bien général. C'est à Léon Bekaert, une des figures emblématiques du patronat belge, que revient l'idée de créer, après une mission menée au Congo à la tête d'un groupe d'industriels belges en 1954, une association sur le modèle de l'Association des ingénieurs et patrons catholiques qu'il animait en Belgique. 

La Compagnie

de Jésus en reçut la proposition et confia au père Vincent Charles le soin de la concrétiser, en qualité d'Aumônier Conseil. Le Cadicec fut créé le 25 mai 1956 à Kimwenza, sous l'impulsion du directeur des firmes TISSACO-SOCOTEX, Monsieur Edmond Vinck, qui en dirigea la commission d'étude mise en place le 6 février de la même année. Monsieur Charles De Becker, directeur à PETROCONGO, en assura l'impulsion initiale après le départ définitif de Monsieur Edmond Vinck pour l'Europe, le l'juin 1956. Le Cadicec avait pour mission de combler un vide au Congo : offrir aux cadres des entreprises un lieu de rencontre pour discuter des aspects pratiques de leur responsabilité sociale de conducteur d'hommes inspirée de la doctrine sociale de l'Eglise. De 1956 à

1961, l

'action du Cadicec consista principalement en des réunions sociales du type cercle d'études, ouvertes exclusivement aux cadres européens dans les chefs-lieux des provinces du Congo et du Rwanda-Urundi. De 1961 à 1966, des cercles d'étude furent organisés pour des échanges entre Blancs et Noirs sur des sujets d'actualité. L'innovation était de taille dans le contexte colonial de l'Afrique belge.  Secondé successivement par le Père Daniel Pasupasu et le Père Christophe Munzihirwa, l'un et l'autre futur Provincial de la province Jésuite de l'Afrique Centrale, le Père Vincent Charles entreprit la formation des premiers cadres et agents de maîtrise congolais au centre de formation et de perfectionnement des cadres et de la maîtrise créé en 1963. Les premiers dirigeants congolais appelés à prendre la relève des expatriés ont trouvé là une occasion de se faire la main.

2. Les bénéficiaires de l'action du Cadicec

Les grandes entreprises ont été les premiers bénéficiaires, notamment dans l'action de formation permanente de leur personnel : secrétaires de direction, chefs du personnel, cadres financiers,... en fonction de leurs besoins. L'étatisation des entreprises et la zaïrianisation mal étudiée des petites unités économiques plongèrent le Congo dans une profonde crise. Les grandes entreprises ne répondant plus aux besoins d'une population en croissance, plusieurs Congolais se lancèrent dans la création des PME. Dès 1984, le Cadicec a étendu son action d'encadrement à ces petites et moyennes entreprises, notamment par des programmes d'initiation à la comptabilité, à la législation sociale et fiscale, au marketinb, à l'organisation du travail, au crédit et à l'épargne. Les micro-entreprises dont vivent de nombreux ménages bénéficient d'une attention particulière depuis le début de la décennie 1990, notamment dans l'éveil des bénéficiaires de l'action du Cadicec aux contraintes socio-culturelles et aux réalités locales.

Posté par cadicec à 10:47 - - Permalien [#]